Collection June

"Chose étrange, pensait-elle, que, lorsqu’on est seul, on se sente ainsi attiré vers les choses, les objets inanimés, les arbres, les ruisseaux, les fleurs ; il semble qu’ils vous expriment ; qu’ils deviennent vous-même ; qu’ils vous connaissent, et, en un certain sens, sont vous-même ; on éprouve ainsi pour eux (elle regardait cette longue lumière calme) une irrationnelle tendresse semblable à celle que l’on éprouverait pour soi-même. Du sol à l’esprit, de ce lac qu’est l’être montent en volutes une vapeur, une fiancée allant à la rencontre de l’aimé."

(Virginia Woolf)

De retour au Yajnatelier, nous sténographions sans trembler les révélations d'un almanach in-octavo de 1917 (papier de hollande en chiffon de fil.

 

Triple porte vitrée, sol tomettes rouge orangé, notre atelier est tourné vers l’Est. Nous y entassons branches mortes de ronces et de châtaignier, bûches blanches et ocres, objets exclusivement anciens ayant su nous attendrir. A titre exceptionnel, nous y accueillons et la candeur de l’imagerie et les affres de l’artisanat. Inquiétante étrangeté : Parfois, un fatras d’éclats de vase de Sèvres ou une chevalière lustrée s’embrasent sans avertissement et semblent désigner un point au sein de l’un de nos retables en cours.

L’ossature de l’œuvre apparaît. Tinte le carillon des Seigneurs de l'Ecluse. Notre regard s’embrume, nous laissons le rouleau de scotch se dévider, courir au vent solaire et s’engluer aux amas de poussières, tiges, débris de sureau .

Une plante vampire assaille les sureaux. Trop d’amour. Avec sa couleur persistante, ses griffes et ses ramifications de sève coagulée, le lierre anéantit l’éclat incolore des branches, raillant l’objectivité des saisons.

 

Ne reste que le dessin privé de couleurs, le dessin originel symbole d’imperfection, d’inachèvement, de fragment d’une totalité mise en pièces. Ne reste que le retour à la source c'est-à-dire à la cendre et à la poussière. Ne demeurent que les couleurs passées, efflorescences de l’art pauvre. 

Les cinq Yajnas, les cinq prières quotidiennes :

Aux Rishis par l’instruction

Aux Ancêtres par l’honneur de la famille

Aux Dieux par la religion

Aux Animaux

A l’Humanité

Dites-nous que nous maîtrisons enfin le dégradé de l'ombre de la carnation du visage. Après tant de retouches, en sommes-nous si sûrs ? Dites-nous que tout cela n’est pas vain, qu’il subsiste un frémissement d’enthousiasme amoureux dans le dernier trait du dernier dessin.

© Collectif Yaj