Nous recensons actes de baptême et de communion de fantômes disparus en 1898. Nous collectionnons hauts faits criblés de moisissures d’existences oubliées.

 

Nous découpons planches goudronnées et papier mâché de scènes de genre. Nous tailladons supports cloutés et boiseries plâtrées. Nous guerroyons avec et contre les quelques propositions que nous offrent notre matière brute.

 

Nous ré-ouvrons les plaies de ces ensembles naufragés préfigurant autant la douce revanche de la faiblesse qu'une poétique du vide.

Lueurs liquides d’un miroir, parcelle lissée de transsubstantiations, emboîtement de plaques photographiques à un masque mortuaire :

 

De palier en palier, nous rabâchons une traduction de nos vies intérieures. Nos yeux se décillent. Les carnations nous prient de ne point nous laisser aveugler.

Notre style télégraphique dévide escaliers marquetés, presse à vélin de Hollande ou fenêtres grillagées. Temps de recenser et de mettre sous verre le cendrier dont je me suis servi  de 1988 à 2019, le chardon élu de Montsoreau ou les feuilles de laurier à la symbolique surnaturelle, temps de s’effacer.

L’œuvre en cours évoque un sous-bois, quelque cortège végétal aux lignes de force bruineuses. On y reconnaît une feuille de peuplier argentée aux morsures semblables à celle d’un serpent ou d’un loup. Sous le halo du verre fumé la couvrant, s’ébroue une kyrielle de fibres d’un tissu de flanelle.

Eleonore : Dans le premier flacon, un ruban moucheté.

 

Dans le deuxième, une fleur d’hortensia (la naissance des nervures est d’un éclat rose, blanc légèrement or).

 

Dans le troisième une plume de corbeau et cent grammes de cendres.

 

Dans le quatrième à la sublime verrerie rouge orange, rien.

Vaines méditations face à un miroir ovale drapé de fils de fer.

Ici gît notre Cinecittà.

© Collectif Yaj